Conservation et restauration

Jeannette Brin - restauration en cours

La conservation et la restauration d'œuvres d'art peut comporter plusieurs phases successives.

L'objectif est de redonner à l'œuvre sa valeur originelle pour le plus grand plaisir des yeux.
La restauration d'art assure la transmission du patrimoine dans un souci déontologique d'authenticité.
Le restaurateur doit intervenir au minimum pour garder au maximum l'originalité de l'œuvre et son passage doit passer le plus inaperçu possible.
Les méthodes choisies doivent être réversibles, c'est-à-dire pouvoir être à tout moment retirées sans dommages pour l'original.
Il faut garantir aux successeurs éventuels une situation qui ne soit pas bloquée et sur laquelle ils pourront agir librement .

Vous trouverez ci-après un bref aperçu des principales altérations que peuvent subir une œuvre d'art au fil du temps:

Sur le support :

  • Bois
    • Fentes,
    • Courbures,
    • Bois vermoulu...
  • Toile
    • Craquelures prématurées (dues à des difficultés de séchage et qui suivent le mouvement du support),
    • Déchirures,
    • Trous,
    • Déformations,
    • Soulèvements.
  • Papier,
  • Métal...

Sur la peinture (préparation et couche picturale) :

  • Pelliculage,
  • Lacunes (trous, pertes d'écailles),
  • Griffures,
  • Chanci profond...

Sur le vernis :

  • Vernis jauni ou oxydé,
  • Vernis sale,
  • Vernis irrégulier...

Les interventions de conservation sont suivies d'interventions de restauration, purement esthétiques (nettoyage, masticage, retouches et vernissage).

Les craquelures font partie intégrale de l'œuvre, comme témoin du « vécu » de l'œuvre.

Le nettoyage

Le nettoyage, un acte sensible et non sans danger, a un but purement esthétique. Il n'est pas nécessaire à la survie de l'œuvre. En revanche, il est souvent nécessaire pour rendre une meilleure lisibilité et compréhension de l'ensemble.

Différents tests (au binoculaire, à la goutte, au bâtonnet, ouverture de fenêtres en fonction sur des zones représentatives de l'œuvre) avant intervention permettront de prendre connaissance s'il est techniquement possible d'intervenir sans altérer la couche picturale originale.

Différents types de nettoyage sont envisageables :

  • Un dépoussiérage,
  • Un décrassage,
  • Une régénération du vernis,
  • Un allègement de vernis (sale, jauni, irrégulier avec amas ou surépaisseur) modéré, sélectif ou global,
  • Enlèvement des repeints (= retouches d'une précédente restauration),
  • Enlèvement de mastics.

Le choix des solvants se fait en fonction des zones à intervenir : il est fréquent d'intervenir sur le même tableau avec plusieurs solvants à différents mélanges, en fonction de leur efficacité et la sensibilité des pigments, des zones claires ou sombres, des couleurs réputées fragiles, des retouches anciennes (des repeints).

Soin du revers

Le soin du revers peut être multiple, par exemple pose de pièces afin de maintenir une déchirure ou une lacune, pose de bandes de tension pour pouvoir remonter une toile sur un châssis, un doublage ou rentoilage, quand la toile d'une œuvre est en très mauvais état (nombreuses déchirures, déformations, toile cassante car trop oxydée, etc...) et ne joue plus son rôle de support, on peut avoir recours au collage d'une deuxième toile sur la toile d'origine, afin de la renforcer. Cette opération consiste en un collage contact entre les deux toiles. Le rentoilage est une méthode ancienne. Elle ne sera appliquée que dans des cas spécifiques, qui nécessitent non seulement de renforcer la toile originale mais également de refixer l'ensemble de la couche picturale. Les adhésifs sont d'origine diverse, certains issus de méthodes traditionnelles qui ont fait la preuve dans le temps et d'autres plus modernes. C'est toujours le tableau avec ses différentes strates de peintures et sous-couches, son âge, son lieu de stockage et ses dégradation qui "dit" au restaurateur quelle méthode choisir.

Le masticage

  • Le mastic est constitué d'une charge et d'un liant.
  • Il doit être strictement limité à la lacune et parfaitement réversible, donc réalisé avec des matériaux plus fragiles que l'original.
  • L'état de la surface du mastic est essentiel pour une bonne retouche se déroule en 2 temps :
    • Mise à niveau.
    • Sculpture du mastic afin d'obtenir un résultat identique au relief de la couche picturale avoisinante.

Les retouches (ou réintégration)

  • La retouche illusionniste : recherche d'identité chromatique par rapport à l'original.
  • La retouche visible : volonté de montrer l'étendue d'une retouche (trattégio) le plus souvent utilisée pour les fresques.

C'est une méthode basée sur la décomposition des tons et recomposition dans l'œil : de près la retouche est visible, de loin elle est parfaitement intégrée.
La retouche doit être stable dans le temps sans jaunissement ou oxydation tout en respectant l'éthique du métier : une réversibilité totale.

Le vernissage

L'ultime étape de protéger la couche picturale des agressions extérieures.
Elle est essentielle pour une bonne tenue dans le temps, il joue un rôle protecteur et optique pour exalter les couleurs.
Il est constitué généralement d'une résine insoluble dans l'eau (naturelle ou synthétique) dissoute dans un solvant de nature variable.

Les mauvaises idées:

Certaines idées reçues ont la vie dure concernant l'entretien des tableaux. La plupart sont fausses et, dans le doute, il est toujours préférable de demander l'avis d'un spécialiste avant de tenter quoi que ce soit.

Pour conserver vos œuvres en bon état le plus longtemps possible :

  • Ne jamais nettoyer un tableau avec un pomme de terre coupée en deux ou un oignon ! Les résidus organiques déposés sur le tableau ravivent certes les couleurs sur le moment mais au séchage fixe la poussière ambiante. A moyen terme, ils attirent les insectes et les champignons.
  • Ne pas utiliser d'essence de térébenthine ou des produits "miracles" de nettoyage de tableaux. Chaque tableau est différent. Il réagit selon son âge, les techniques utilisées par l'artiste, la façon dont il a été conservé, etc...
  • Ne pas immerger un tableau dans quelque solution que ce soit.
  • Ne pas accrocher les tableaux à proximité d'une source de chaleur.
  • Ne pas les exposer à la lumière directe du soleil.
  • Ne pas les exposer aux rayons lunaires qui sont également très nocifs.
  • Bien vérifier que le cadre tienne bien à l'œuvre.
  • Bien vérifier que les pitons du cadre soient sûrs.
  • Ne pas hésiter à changer la ficelle d'accroche malgré la valeur originale ou affective de celle-ci.
  • Retirer régulièrement la poussière à l'aide d'un plumeau ou d'une chamoisine, très délicatement.

N'oubliez pas qu'un nettoyage de tableau ne s'improvise pas. Il convient de se faire conseiller par un professionnel qui pourra, avec les techniques et les tests adéquats déterminer la bonne marche à suivre.